Auprès de mon arbre...

 


Les plus jeunes lecteurs excuseront cette référence d’un autre âge (les années 1950 !) à cette chanson de Georges Brassens, « Auprès de mon arbre… ». Écoutons la suite des paroles du refrain : « Auprès de mon arbre / Je vivais heureux / J’aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre… » Cet arbre, un chêne, l’auteur l’a « plaqué » pour des espèces moins nobles et la nostalgie le saisit au point d’avouer : « J'aurais jamais dû le quitter des yeux… »


Métaphore d’une vie faite d’attachement et de séparation, l’arbre de cette chanson nous suggérera ici la référence à l’arbre généalogique à l’ombre duquel nous pouvons aussi naviguer entre fidélité et émancipation.


La représentation traditionnelle des arbres généalogiques est verticale : les ancêtres sont « en haut », les descendants – comme leur nom le suggère –, figurent « en bas ». Ils viennent de… comme une rivière qui, de ruissellement en cascade, coule de la source à l’embouchure. Optant pour une rotation à 90° (voir le schéma ci-dessous), nous choisirons plutôt une représentation horizontale de l’arbre généalogique. Cet outil sera susceptible de nous aider à pointer non seulement les filiations, mais également les événements qui alimentèrent / perturbèrent / nourrirent / façonnèrent / orientèrent... (à compléter) la croissance de l'arbre. Ainsi conçu, le schéma représentera nos liens biologiques, mais également notre trajectoire sociale pour esquisser une compréhension élargie de la transmission. Cette représentation spatiale revisitée pourra ainsi symboliser le déplacement du sujet dans le temps sans le limiter au seul cadre de la filiation. Attribuer une place au contexte historique, politique, économique, culturel… nous permet de nous dégager d’une lecture réduite à notre seul univers individuel et familial. Une manière d’alléger le poids d’une subjectivité intrafamiliale quand celle-ci nous limiterait dans notre recherche d’émancipation.





Sur le support graphique, il s’agit d’indiquer (à gauche) la lignée, puis sur l’axe du temps, au fil des années, les événements marquants qui, de notre point de vue, ont exercé une influence significative sur notre trajectoire et sur la personne que nous sommes aujourd’hui. Ces « événements marquants » pourront être d’ordre familial (au-dessus de l’axe du temps) ou extérieur à lui (au-dessous du même axe). Cet « inventaire » est éminemment subjectif dans le choix que nous ferons de retenir tel événement et de négliger tel autre. Dressé par un autre membre de notre famille, il serait sans doute en partie (très) différent. À côté d’éléments « objectifs » ou factuels (naissances, décès, formation de couples, séparations, appartenance à tel milieu social, statuts professionnels des membres de notre entourage, études faites, revenus financiers…), c’est dans la subjectivité de notre lecture personnelle de l’importance et du sens de ces éléments que nous pourrons découvrir des clés de compréhension. Compréhension des valeurs transmises, des alliances, des conflits, des loyautés, des non-dits, des répétitions à travers les générations, des contradictions entre les discours et les pratiques, des silences, des absences… Le choix des événements extérieurs à la famille (d’ordre historique, politique, économique, culturel…) reflétera la même subjectivité par la sélection opérée et par les liens que nous établirons entre les différents éléments du schéma obtenu.


La subjectivité dont il est ici question dans la construction d’un récit qui nous est propre pourra éventuellement – à nous de voir ! – déboucher sur un dialogue avec des proches pour éprouver et/ou valider la pertinence de notre lecture. Dans cette lecture, l’attention se portera particulièrement sur l’évolution et les changements observés en rapport avec la transmission. Cet exercice se donnera pour objectif de relever les thématiques qui émergent et vis-à-vis desquelles nous désirons/pouvons/voulons (chacun mettra l’intensité qui convient) modifier – ou confirmer – notre adhésion à la façon dont elles imprègnent nos vies. Ces thématiques sont celles qui traversent toute existence : l’amour, l’amitié, l’épanouissement personnel, le travail, la santé, l’argent, la famille, le genre, le savoir, le sens de la vie… Pour les thèmes envisagés qui font sens pour chacun, il s’agira de tenter de dénouer les nœuds éprouvés autour des  tensions,  des contradictions, des répétitions qui entravent l’émancipation à laquelle nous aspirons… si tel est notre désir ! Une manière d’acquérir ou de récupérer un pouvoir d’agir sur notre histoire. Car l’important n’est pas ce qui est inscrit dans notre passé, mais les pages qui nous restent à écrire.


Au terme de ce travail d’investigation, chacun pourra alors compléter, pour ce qui le concerne –  et toujours provisoirement –, l’amorce de la chanson de Georges Brassens : « Auprès de mon arbre, je vivais… et, aujourd’hui, je vis… »


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Pour aller plus loin…


Avec le recul que je possède aujourd’hui (que je n’avais sans doute pas au moment où ils se sont produits)…


  • Quels sont les trois événements de ma vie familiale qui m’ont amené à considérer (une part de) l’héritage familial comme une ressource ? 
  • Quels sont les trois événements de ma vie familiale qui m’ont incité à infléchir / moduler / refuser / combattre / oublier… (une part de) cet héritage familial ? 
  • Quels sont les trois événements extérieurs à la vie familiale qui ont renforcé mon adhésion à (une part de) l’héritage familial ? 
  • Quels sont les trois événements extérieurs à la vie familiale qui ont contribué à une remise en question (d’une part de) de cet héritage familial ? 

A suivre...